Un enjeu invisible mais critique dans le spatial
Aujourd’hui, la coordination entre les différents (nombreux) acteurs reste un problème ouvert. Chacun produit ses données dans ses propres standards, sous ses propres contraintes de souveraineté. Si un dialogue existe entre certains opérateurs, un outil de collaboration entre opérateurs de puissances spatiales concurrentes manque cruellement. Une opération sensible comme un nettoyage orbital peut être mal interprétée faute d’un canal commun pour la décrire et la valider entre partenaires internationaux.
C’est pour résoudre ce problème de langage que la start-up Spacetalk s’est adressée à Apptitude. La mission : concevoir une plateforme capable de faire dialoguer ces acteurs, avec les garanties d’indépendance et de neutralité que le secteur exige.
Le défi : faire dialoguer des acteurs sans langage commun
Pour rendre possible la lecture partagée, la discussion et la coordination autour des données orbitales, l’enjeu de communication est à la fois technique et organisationnel.
Chaque organisation possède ses propres conventions, ses niveaux de confidentialité et sa manière de décrire les trajectoires orbitales. Ces différences varient selon les pays, les usages civils ou militaires, les opérateurs privés ou encore les domaines de travail. Un militaire n’aura pas la même approche qu’un scientifique par exemple. En pratique, chacun “parle sa propre langue”, même si certains standards existent.
Pour créer un produit utilisable, il fallait donc concevoir une interface capable de structurer l’information d’une façon unifiée pour faciliter la communication tout en mettant en place un moteur de conversion de données pour s’adapter aux pratiques techniques.
C’est ce socle d’interopérabilité qu’il fallait concevoir pour valider le concept de la startup et qui rend possible tout le reste.
Les SST blocks : structurer et rendre l’information critique interopérable
Le cœur de la plateforme repose sur des publications standardisées “SST Blocks” permettant de partager des informations de statut, de trajectoire ou opérationnelles sur les objets spatiaux.
SST signifie Space Surveillance and Tracking, qu’on peut traduire en français par : Surveillance et Suivi de l’Espace. Afin de simplifier l’écriture et la lecture de la suite de cet article, nous avons décidé de les nommer “SST block”.
Chaque SST block s’appuie sur un mécanisme qui reconnaît automatiquement le format du fichier déposé, par exemple TLE (Two or Three Lines Element) pour les trajectoires, OEM (Orbit Ephemeris Message) XML pour les éphémérides détaillées, et d’autres formats ajoutés progressivement.
Les données orbitales sont extraites et présentées dans une vue unifiée. L’opérateur ne manipule plus un fichier d’un format ou d’un autre. Il voit un SST block, lisible et comparable à tous les autres. Le format d’origine reste conservé. Chaque acteur peut donc exporter et convertir un SST block dans le format de son choix et le réinjecter dans ses propres outils.
Lecture unifiée d’un côté, fidélité au format d’origine de l’autre. C’est ce qui rend les SST blocks à la fois rigoureux et interopérables.
Concevoir une interface lisible par un ingénieur orbital comme par un juriste
L’interface de Spacetalk s’adresse à une audience hybride : ingénieurs orbitaux, opérateurs, mais aussi juristes, diplomates, militaires ou assureurs. Dans un contexte international, le design doit être neutre et universel.
Ce travail de neutralité ne relève pas uniquement du design visuel, mais de la manière dont l’information est structurée et présentée. La réflexion sur l’UX a porté sur trois piliers :
- La hiérarchie de l’information : Rendre les alertes de proximité immédiatement identifiables.
- La granularité de la confidentialité : Gérer des niveaux de visibilité variés selon la sensibilité des missions.
- L’indépendance culturelle : Utiliser un langage visuel et des icônes compréhensibles sans ambiguïté par des utilisateurs de tous horizons.
Le dialogue lui-même varie selon les régions du monde. Avec certains acteurs, l’approche scientifique facilite les échanges. Avec d’autres, les discussions passent davantage par les opérateurs privés ou les canaux diplomatiques. La plateforme devait donc être pensée pour s’adapter à des contextes culturels et opérationnels très différents.
Concevoir pour convaincre : le rôle stratégique du prototype
Avant de pouvoir lancer la phase de développement, l’équipe design d’Apptitude a conçu un prototype cliquable, une maquette interactive de l’application, qui a joué un rôle déterminant. Il a effectivement permis de matérialiser une vision complexe, de la rendre visible, compréhensible et de faciliter les échanges de Spacetalk avec ses partenaires et sponsors potentiels. Dans un projet de cette nature, où les enjeux sont à la fois techniques et métiers, rendre le produit tangible a été une étape clé.
Le design a servi à traduire les idées en une interface concrète, crédible pour engager des discussions, recueillir des avis et idées et soutenir la recherche de financement pour ensuite se lancer sur le développement de la première version de l’application.
Cette capacité à rendre le projet tangible a également facilité les discussions internationales avec différents profils d’acteurs : agences spatiales, opérateurs satellites, fournisseurs de services de lancement, astronomes, forces armées, partenaires scientifiques ou encore acteurs financiers comme les assureurs et les banques.
Faire évoluer la plateforme dans un contexte en mouvement
La plateforme s’est d’abord concentrée sur un socle essentiel : permettre à différents acteurs du spatial de publier, consulter et partager des SST blocks sur plus d’un million d’objets spatiaux.
Dans un environnement où les besoins évoluent rapidement (nouveaux partenaires, nouveaux usages, nouveaux enjeux géopolitiques), l’objectif n’était pas seulement de livrer une première version fonctionnelle. Il fallait surtout concevoir une architecture capable d’évoluer sans remettre en cause les fondations du produit.
Les choix techniques ont donc été pensés dès le départ pour accompagner cette évolution : composants découplés, gestion fine des accès et séparation claire entre les formats de données et leur représentation dans la plateforme.
Parmi ces évolutions, des espaces d’échange contextualisés permettent désormais aux organisations de discuter autour des données publiées avec plusieurs niveaux de confidentialité : ouvert, sur demande ou privé. Cette logique de privacy by design, intégrée dès la conception, a permis de faire évoluer le produit sans complexifier l’expérience utilisateur ni remettre en cause la sécurité des échanges.
Conclusion : l’impact d’Apptitude sur une plateforme en démarrage
En quelques mois, cette base technique a permis à Spacetalk d’ouvrir des discussions avec des acteurs internationaux européens, chinois et américains, et d’enrichir la plateforme de fonctionnalités collaboratives sans toucher à ses fondations.
Dans une jeune startup, chaque semaine fait émerger une intégration nouvelle ou un cas d’usage inédit. Notre rôle a été de poser une architecture capable d’absorber ces demandes (schémas composables, modèle de données extensible, séparation entre formats d’entrée et représentation interne), pour que Spacetalk n’ait jamais à choisir entre répondre à un client et tenir les délais.
“Nous sommes très heureux d’avoir choisi Apptitude comme partenaire. Leur expertise et leur engagement nous ont permis de mener à bien ce projet ambitieux dans les délais impartis et avec la qualité requise. La collaboration avec leurs équipes a été un véritable plaisir, et nous sommes heureux qu’ils continuent à nous accompagner dans notre développement.”
Benjamin GUYOT – CEO Spacetalk
Parmi les prochaines étapes, l’intégration de capacités d’IA vise à faciliter la découverte d’information dans la plateforme et à renforcer son support multilingue.
Chez Apptitude, c’est ce type d’accompagnement que nous aimons : transformer un problème structurel en un produit qui tient la route dès sa première version et qui peut grandir ensuite. En réconciliant les données d’un million d’objets spatiaux dans un langage commun, nous avons aidé Spacetalk à poser les fondations d’une coordination internationale jusque-là difficile à mettre en œuvre.



