Transformer le système de santé suisse à l’horizon 2045 : le digital comme condition structurelle de réussite

Ce qu’il faut retenir :

À l’horizon 2045, la transformation du paysage hospitalier suisse n’est plus une hypothèse, mais une nécessité structurelle. Les études convergent vers un même point : sans réorganisation des réseaux de soins, optimisation des ressources et modernisation des modèles de prise en charge, la qualité, l’accessibilité et la soutenabilité financière du système seront durablement fragilisées. Le digital ne constitue pas une solution miracle, mais une condition indispensable pour piloter cette transformation de manière cohérente et mesurable. Les établissements qui investissent dans des outils numériques réellement alignés sur leurs métiers disposeront d’un avantage décisif pour s’adapter aux évolutions à venir. À l’inverse, l’empilement de solutions non intégrées risque d’accentuer la complexité plutôt que de la réduire.


2026 : du constat à la transformation du système hospitalier suisse

Le début de l’année 2026 marque une étape charnière. Le système hospitalier suisse est entré dans une phase de tension durable qui dépasse largement les effets conjoncturels observés ces dernières années. La hausse continue des coûts, la pénurie chronique de personnel qualifié, le vieillissement de la population et l’augmentation des exigences en matière de qualité, de sécurité et d’accessibilité des soins exercent une pression simultanée sur l’ensemble du système. Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir s’il faut transformer le paysage hospitalier suisse, mais comment le faire de manière réaliste, soutenable et coordonnée.

C’est précisément ce que met en évidence l’étude prospective de PwC consacrée à l’évolution du paysage hospitalier suisse à l’horizon 2045. En parallèle, les analyses récentes sur la transformation digitale de la santé en Suisse, qu’elles émanent de la Confédération (programme DigiSanté), de cabinets de conseil stratégique comme le Boston Consulting Group ou d’écosystèmes nationaux tels que digitalswitzerland, convergent vers un constat complémentaire : sans socle numérique robuste, interopérable et orienté métier, aucune transformation structurelle ne peut réellement aboutir.

Cet article propose une analyse croisée de ces travaux de référence. Il montre comment les orientations stratégiques identifiées à l’horizon 2045 trouvent, dès aujourd’hui, leur traduction opérationnelle dans le digital et dans le développement de logiciels métier sur mesure adaptés aux réalités hospitalières suisses.

Un diagnostic largement partagé sur les limites du modèle actuel

L’étude PwC consacrée au paysage hospitalier suisse à l’horizon 2045 s’inscrit dans une démarche de modélisation prospective. Elle analyse différents scénarios d’évolution et en mesure les effets sur trois dimensions clés : la qualité et la sécurité des soins, la soutenabilité financière du système et l’accessibilité pour la population. L’un des enseignements centraux de l’étude est la mise en évidence de déséquilibres structurels persistants.

La Suisse fait face à une répartition inégale des capacités hospitalières : certaines régions connaissent des situations de surcapacité, tandis que d’autres peinent à maintenir une offre suffisante. Par ailleurs, un nombre restreint d’hôpitaux concentre une importance systémique croissante, tant en termes de volumes que de spécialisation. Cette évolution pose la question de la résilience du système dans son ensemble et de sa capacité à absorber des chocs futurs.

L’étude souligne également les limites d’un modèle encore largement fondé sur des établissements fonctionnant comme des entités autonomes. PwC plaide explicitement pour une transition vers des réseaux de soins intégrés, capables de coordonner l’offre, de mutualiser certaines fonctions et d’orienter plus efficacement les patients au sein du système.


Trois leviers de transformation à l’horizon 2045

Les scénarios étudiés reposent sur trois grands leviers de transformation, étroitement interdépendants.

Le premier concerne la réorganisation du réseau hospitalier et de l’offre de soins. Il s’agit de mieux répartir les capacités, de renforcer la spécialisation de certains sites et de développer des coopérations durables entre établissements. PwC estime que cette réorganisation est susceptible de générer des gains significatifs en matière de qualité des soins, tout en réduisant les redondances coûteuses.

Le deuxième levier porte sur l’optimisation des processus et de l’utilisation des ressources. Face à une pénurie de personnel appelée à se prolonger, l’enjeu n’est plus uniquement financier. Il s’agit de réduire la charge administrative, de fluidifier les parcours internes et d’améliorer les conditions de travail des professionnels de santé, afin de préserver l’attractivité des métiers hospitaliers.

Le troisième levier concerne la modernisation des modèles de soins. Le virage ambulatoire, le développement de soins intégrés et l’essor de la télémédecine sont identifiés comme des axes structurants pour répondre aux besoins futurs de la population, tout en maîtrisant les coûts. L’étude souligne que ces évolutions sont indissociables d’une meilleure coordination entre acteurs hospitaliers, ambulatoires et communautaires.

Ces trois leviers partagent un prérequis commun : un pilotage fin par la donnée, rendu possible par des processus numériques fiables et une interopérabilité renforcée entre systèmes.


La transformation digitale de la santé en Suisse : un mouvement engagé mais fragmenté

Les travaux consacrés à la santé digitale en Suisse dressent un constat contrasté. D’un côté, la Suisse dispose d’un fort potentiel d’innovation et a vu émerger de nombreuses initiatives depuis la pandémie de Covid‑19. La télémédecine, les solutions de suivi à distance et les plateformes de prise de rendez‑vous se sont largement développées, portées par des contraintes de coûts, la pénurie de personnel et des retours d’expérience globalement positifs.

De l’autre côté, plusieurs études de référence soulignent un retard persistant par rapport à des pays comme le Danemark ou l’Estonie. Le rapport du Boston Consulting Group, Advancing the Swiss Healthcare System, met en évidence les limites liées à la fragmentation des systèmes, à l’interopérabilité insuffisante et à l’usage encore trop restreint des données de santé dans le pilotage des organisations.

Les baromètres de digitalswitzerland confirment ce diagnostic. Ils montrent que les professionnels de santé sont majoritairement favorables à la numérisation, mais critiquent la multiplication de solutions non intégrées, génératrices de charge administrative supplémentaire (https://digitalswitzerland.com/fr/un-systeme-de-sante-numerique-suisse-ce-quen-pense-la-population/).


DigiSanté et le Swiss Health Data Space : un cadre structurant à l’échelle nationale

Le programme fédéral DigiSanté constitue aujourd’hui l’initiative la plus structurante en matière de digitalisation de la santé en Suisse. Doté d’un financement d’environ 392 millions de francs sur la période 2025–2034, il vise à rattraper le retard numérique du système de santé suisse à travers une feuille de route en trois phases : mise en place de standards et d’infrastructures (2025–2027), déploiement de services et d’interfaces (2028–2030), puis optimisation et pérennisation (2031–2034).

Dans ce cadre, DigiSanté s’articule autour de quatre objectifs stratégiques complémentaires : Numériser, Orchestrer, Standardiser et Ancrer. Ils tiennent compte des spécificités du système de santé suisse, s’appuient sur les initiatives existantes comme le DEP et intègrent, lorsque pertinent, les évolutions internationales.

Numériser vise à poser les bases de la transformation numérique et à soutenir des projets concrets à valeur ajoutée pour les soins. Orchestrer consiste à coordonner les acteurs et les initiatives afin de renforcer l’efficacité collective. Standardiser permet un échange de données sécurisé et interopérable, notamment via des standards reconnus tels que SNOMED CT, HL7 FHIR, IHE, DICOM ou openEHR. Enfin, Ancrer vise à faire évoluer les bases juridiques nécessaires pour inscrire durablement cette transformation au niveau cantonal et fédéral.

Un pilier central de cette stratégie est la création du Swiss Health Data Space, conçu comme un espace décentralisé mais interopérable d’échange sécurisé des données de santé. L’objectif est multiple : réduire la charge administrative, améliorer la qualité des soins, renforcer la transparence et faciliter la recherche, tout en respectant les exigences élevées en matière de protection des données (https://www.digisante.admin.ch/dam/fr/sd-web/MRFsoZIQ2HCP/Rapport%20DigiSant%C3%A9%202025.pdf).


Focus sur la Suisse romande : enjeux spécifiques et leviers d’action

Les études d’opinions menées par digitalswitzerland montrent que la Suisse romande présente une maturité numérique perçue légèrement inférieure à celle observée en Suisse alémanique. Les inquiétudes liées à la protection des données et à l’accessibilité des services numériques y sont également plus marquées. Ce constat doit cependant être mis en perspective.

La Suisse romande concentre plusieurs acteurs majeurs de la santé digitale, notamment les hôpitaux universitaires de Genève et de Vaud, ainsi que des pôles académiques et des offres de formation continue spécialisées. Les programmes proposés par Unisanté à Lausanne, par exemple, visent explicitement à combler le déficit de compétences numériques chez les professionnels de santé et à soutenir la mise en œuvre de projets de transformation au niveau régional (https://www.unisante.ch/fr/formation-recherche/formation/formation-continue/catalogue-formations-continues/sante-digitale).

Dans ce contexte, la création du Groupe d’Intérêt Santé Numérique de Suisse romande vise à offrir un espace romand partagé dédié à la santé digitale. Son ambition est de donner une voix collective aux acteurs du terrain et de renforcer leur capacité à se positionner face aux enjeux stratégiques cantonaux et fédéraux.

Le groupe a pour objectif de renforcer la coopération romande en facilitant les échanges entre pairs, en soutenant l’émergence de projets transversaux et en favorisant une approche commune des défis numériques du système de santé. Il s’inscrit dans une logique collaborative, connectée aux initiatives existantes, et orientée vers le partage d’expériences, de pratiques et de priorités numériques.

Son fonctionnement se veut volontairement léger et pragmatique, sans rôle de pilotage, sans mission opérationnelle et sans pouvoir décisionnel. La mission du groupe est avant tout de valoriser les expertises romandes, de renforcer les collaborations et de porter une contribution romande commune autour de la santé numérique.

Du cadre stratégique aux outils concrets

L’un des enseignements transversaux de l’ensemble de ces travaux est que la transformation ne peut réussir sans une traduction opérationnelle au plus près des réalités métiers. Les zones de friction sont désormais bien identifiées : coordination inter‑établissements, planification des capacités, gestion des parcours patients, documentation clinique et administrative, ou encore reporting réglementaire.

Dans ce contexte, les solutions numériques génériques atteignent rapidement leurs limites. Le système de santé a besoin de solutions capables d’évoluer avec les modèles de financement, les exigences réglementaires et les organisations spécifiques de chaque réseau de soins. Cela implique des logiciels métier conçus sur mesure, intégrés aux systèmes existants et alignés sur les usages réels des équipes de soins, logistiques, financières et RH.


Le positionnement d’Apptitude

Apptitude SA accompagne des organisations confrontées à des environnements complexes et fortement réglementés, où les choix technologiques ont des implications stratégiques de long terme. Dans le secteur hospitalier, notre approche consiste à nous appuyer sur les leviers identifiés par les études de référence (réorganisation de l’offre, optimisation des ressources, modernisation des modèles de soins) pour co‑concevoir, avec les directions et les équipes métiers, des solutions logicielles réellement adaptées aux enjeux du terrain.

Cette démarche privilégie l’intégration aux systèmes existants, la sécurité des données, l’ergonomie pour les utilisateurs et l’évolutivité des solutions, afin d’accompagner la transformation du système de santé suisse sur le long terme, jusqu’à l’horizon 2045.

Dans ce cadre, Apptitude SA intervient également sur des projets soumis aux exigences de la réglementation des dispositifs médicaux (MDS), notamment au regard de la norme IEC 62304, qui encadre le cycle de vie des logiciels de dispositifs médicaux. Cette norme impose une catégorisation des logiciels selon différentes classes de sécurité (A, B, C) et une gestion rigoureuse des risques, traduite par un ensemble d’exigences couvrant l’ensemble du cycle de développement logiciel : planification, analyse des exigences, conception architecturale et détaillée, implémentation, vérifications unitaires, intégration et tests, validation du système logiciel, jusqu’à la libération du logiciel. Ces activités sont orchestrées selon un modèle de vérification et de validation de type « V », garantissant la maîtrise de la qualité, de la sécurité et de la conformité du produit sur la durée, notamment via des plans de maintenance, de configuration et de résolution des anomalies, ainsi qu’une traçabilité complète des activités et des livrables au sein d’un système de management de la qualité (SMQ).

Les expertises d’Apptitude peuvent être mobilisées à différentes étapes de ce processus, et les livrables produits sont conçus pour être directement exploitables dans la constitution du dossier réglementaire. La norme IEC 62304 ne couvrant pas, ou seulement partiellement, l’ensemble des exigences réglementaires applicables aux dispositifs médicaux, Apptitude intègre également les standards complémentaires pertinents, tels que IEC 62366 pour l’ingénierie de l’utilisabilité et les facteurs humains, ISO 13485 pour le système de gestion de la qualité à des fins réglementaires, ISO 14971 pour la gestion des risques, ainsi que IEC 62443 (notamment la série 4-2) pour les enjeux de cybersécurité des systèmes logiciels et industriels.


Conclusion

Les analyses prospectives sur la santé digitale convergent vers une conclusion sans ambiguïté : la transformation du système hospitalier suisse est inévitable. Le digital n’en est ni la cause ni la finalité, mais une condition structurelle de réussite lorsqu’il est pensé comme un outil au service des métiers et de la stratégie.

Pour les décideurs du système de santé, l’enjeu des prochaines années sera de transformer ces cadres stratégiques en capacités opérationnelles concrètes, sans ajouter de complexité inutile. C’est dans cet espace, à l’interface entre vision, organisation et technologie, qu’Apptitude SA se positionne comme partenaire de long terme.


Sources principales

PwC – Étude prospective sur le paysage hospitalier suisse à l’horizon 2045
Boston Consulting Group – Transformation numérique du système de santé suisse
Programme fédéral DigiSanté – Rapport 2025
Digital Health Report 2025/2026 – Poste suisse
digitalswitzerland – Baromètres sur la santé numérique
FMCH – Étude sur la numérisation du système de santé suisse
Unisanté – Formations continues en santé digitale